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FEDERATION ORGANISATIONS AUTOCHTONES GUYANE - FOAG

JOURNEES DES PEUPLES AUTOCHTONES DE GUYANE JPAG 2012

14 Août 2012 , Rédigé par FEDERATION ORGANISATIONS AUTOCHTONES GUYANE- FOAG

            

 

DECLARATION  DES AUTORITES COUTUMIERES AUTOCHTONES DE GUYANE

 

KAYANI, le 09 AOUT 2012

 

Monsieur le président du Conseil Régional de la Guyane

Monsieur le président du Conseil Général de la Guyane

Madame la ministre de la justice  et garde des sceaux de la République française

Monsieur le commissaire et préfet de la  région Guyane 

Mesdames et Messieurs les parlementaires des assemblées législatives de la république française

Mesdames et Messieurs les maires de Guyane

Mesdames et Messieurs les chefs coutumiers des peuples autochtones de Guyane

Mesdames et Messieurs les présidents des organisations autochtones de Guyane

Mesdames et Messieurs, les jeunes, les dames, les anciens, les enfants..

 

Au nom des institutions des six nationalités autochtones de Guyane : Lokono, Kali’na, Pahikweneh, Wayapi, Wayana, Teko,

En ce jour du, 09 aout 2012, nous voici rassemblées afin de célébrer deux événements majeurs pour notre pays :

La bénédiction, la célébration d’un monument magnifique issue des propres mains des enfants de ce pays en mémoire des peuples  autochtones  qui ont vécus, qui vivent et qui vivront demain  … les 1er habitants de cette terre magnifique la Guyane : le pays de bonnes eaux  et du bien vivre..

 

Et la deuxième, est  de célébrer en résonance et en symbiose avec 420 millions autres peuples autochtones  du monde répartis sur la planète : la journée internationale des peuples autochtones des Nations Unies proclamés par sa résolution 49/214 en assemblée plénière en date du, 23 décembre 1994. 18 années d’attente mes sœurs et frères !

 

La concrétisation de ces deux événements sont le fruit issue d’une intelligence collective entres l’exécutif de la région Guyane et nos autorités coutumières et organisations, c’est un consensus entres représentants légitimes des peuples de Guyane.

 

Mais nous sommes  ici aussi, pour rappeler, affirmer, réaffirmer, convaincre, consolider une nouvelle ère de relations entres les peuples autochtones de Guyane et autres secteurs de la population pour ériger un pays avec des  valeurs de  justice, d’équité, de respect , de partage et d’amour , dans l’union et dans l’espérance de laisser un monde meilleur pour nos enfants..et un pays en paix, réconcilié durablement …

 

Nous voulons évoquer avec vous la période coloniale des puissances européennes et singulièrement de la France  et leurs impacts sur la dignité de nos peuples jusqu’à aujourd’hui.

 

La doctrine de la découverte s’appuie sur différents textes mais le plus cités est la bulle Romanux pontifex, de 1455, qui a donné naissance au concept de « terra nullius ou terra nullus » et consacré le principe selon lequel tout monarque chrétien qui découvre des terres non chrétienne a le droit de les proclamer siennes.

 

Il est important de comprendre la dynamique de cette doctrine et de son impact sur le monde actuel, car il se fait ressentir au quotidien dans nos vies, les peuples autochtones …

 

Cette doctrine a influencé des systèmes juridiques qui ont un effet négatif sur nos communautés, qui nous expulse de nos terres, qui nous font considérer comme des étrangers sur nos terres et justifie la spoliation de nos terres par des intérêts spéculateurs  pour  les soumettre à la prédation et aux pillages …

 

En Guyane, la dépossession de nos terres, s’est faites par l’ordonnance royales de 1825, cette main mise sur l’ensemble  de nos terres, territoires et ressources naturelles est confirmés par le décret du, 15 novembre 1898. Selon la doctrine de la Terra Nullius, le régime foncier de l’état est constituées de toutes les terres vacantes  et sans maitre, les bois et les forêts, soit la quasi totalité des terres de Guyane, 98.40 % !

 

Cette doctrine de la découverte  est enracinée dans les législations  actuelles et les politiques nationales, et, est INCOMPATIBLE AVEC LA DECLARATION DES NATIONS UNIES SUR LES DROITS DES PEUPLES AUTOCHTONES , notamment ses articles 3 sur la libre détermination, , 28 sur les réparations et 37 sur les traités  ,   sa méta structure que nous appelons le schéma de domination ont produit des siècles d’exploitation des ressources et des terres ancestrales de nos peuples, elles sont responsables de la misère, les indicateurs sont pires que la moyenne nationale, l’espérance de vie, du taux de suicides, de la mortalité infantile, du chômage, des échecs scolaires  etc.

Les lois d’assimilation visent l’extinction de nos peuples…cette doctrine de la découverte est la racine historique et idéologique du génocide de nos peuples .

 

Ce système a inculqué aux non autochtones un sentiment de supériorité auquel il importe de répondre également par le biais de l’éducation, pour la compréhension et le respect, il faut aussi aider nos jeunes à se respecter aujourd’hui …tous les guyanais doivent faire partie de la solution …

 

Il est évident que la constitution française doit être révisée, le cadre constitutionnel pour l’outre mer étant devenu inadapté, c’est une des rares constitutions discriminatoires toujours en vigueur dans le monde …*

 

Mais aussi, nous lançons un appel, au conseil régional, au conseil général et aux communes de faire les efforts immédiats dans les mesures d’adaptations (suivants la décision du conseil constitutionnel  n° 84-174 DC du 25 juillet 1984 )pour atténuer et résoudre les conflits concernant   la délimitation, restitution et reconnaissance des terres et territoires ancestrales de nos peuples dans leurs schémas d’aménagement  .

 

Ces journées nous invitent également a parler du présent et du futur, de nos obligations et des engagements à prendre aux bénéfices de nos peuples, Un programme de vie pour nos peuples

 

Articulé autour des objectifs suivants :

 

1.     Culture

2.     Education

3.     Santé

4.     Droits de l’homme

5.     Environnement, développement économique et social

 

                Ces programmes doivent être axés vers l’action et des projets concrets, une assistance technique accrue, et des activités normatives dans les domaines en question.

 

      I.        Promouvoir la non discrimination  et l’intégration de nos  peuples autochtones dans la conception, la mise en œuvre, et l’évaluation des initiative régionales, nationales  en matière de législation , de politiques , de ressources , de programmes et de projets ;

 

     II.        Promouvoir la participation pleine et entière des peuples autochtones à la prise de décisions qui concernent directement ou indirectement nos modes de vie , nos terres et territoires traditionnelles , notre intégrité culturelle , en tant que peuples autochtones disposant de droits collectifs  ou tout autres aspects  de nos vies , sur la base du principe du consentement préalable , libre et éclairé

 

    III.        Redéfinir les politiques de développement afin quelles soient fondées sur le principe d’équité  et culturellement acceptables, en respectant notamment la diversité culturelle  et linguistiques de nos peuples

 

    IV.        Adopter des politiques, des programmes, des projets et des budgets axés sur le développement des peuples autochtones, et notamment des objectifs d’étape concrets et mettant un accent particulier sur les femmes, les enfants et les jeunes autochtones;

 

     V.        Mettre en place de solides mécanismes de suivi et renforcer le système de responsabilisation à l’échelon régional et surtout national pour ce qui a trait à la mise en œuvre de cadres juridiques, politiques et opérationnels pour la protection des peuples autochtones et l’amélioration de nos  conditions de vie.

 

 

Domaines d’action

1. Culture

1.     La culture doit être intégrée comme un préalable et un point de départ pour concevoir des projets de développement visant un « développement propre à préserver l’identité » qui respecte les modes de vie et concoure à un développement humain durable.

 

2.     Nous  exhortons  à concevoir des politiques et mettre au point des programmes visant à inverser les perceptions ethnocentriques qu’ont parfois des cultures autochtones les peuples non autochtones, et qui sont souvent stéréotypées, folklorisées et déformées. Le rôle des médias dans ce processus est très important.

 

3.     Les programmes et les initiatives relatifs à nos  cultures autochtones, doit respecté le principe du consentement libre, préalable et en connaissance de cause des peuples autochtones. Il convient de faire preuve d’une prudence particulière lors de l’élaboration de projets en matière de tourisme et des dispositifs actuels des parcs nationaux en territoire autochtone.il faut rendre la nature guyanaise à ses défenseurs , les peuples autochtones , il faut arrêter les manipulations de toutes sortes visant a justifier la signature d’une charte dont le contenu s’éloigne de plus en plus des intérêts supérieurs de nos populations.

 

4.     Les technologies de l’information et des communications doivent être utilisées pour appuyer et encourager la diversité  culturelle, pour préserver et promouvoir les langues autochtones, et l’identité propre et le savoir traditionnel des peuples autochtones de la manière dont eux décident qu’elle servira le mieux leurs objectifs.

 

Éducation

 

1.     Les programmes d’éducation conçus à l’intention des peuples autochtones doivent mettre  l’accent  sur une éducation de qualité dans la langue maternelle ainsi que sur une éducation bilingue et interculturelle tenant compte de la diversité linguistique, du savoir traditionnel des autochtones, ainsi que de la conception holistique du monde qui est le notre   et d’autres aspects de nos cultures.

 

2.     Toutes les parties intéressées sont vivement encouragés à élaborer des programmes clairement définis, dotés de subsides publics plus importants, y compris des systèmes de bourses, pour permettre aux jeunes autochtones de suivre une formation d’enseignant ou dans les collèges et autres établissements d’enseignement supérieur. Il faudrait s’attacher tout spécialement à la formation d’enseignants autochtones à tous les niveaux.

 

3.     Les organisations autochtones devraient créer des centres de documentation, des archives et des musées locaux, ainsi que des écoles de traditions vivantes consacrées à leurs  peuples , à leur patrimoine culturel, leurs lois, leurs croyances et leurs valeurs, dont le matériel pourrait servir à informer et à éduquer les populations non autochtones.

 

4.     Nous demandons la construction un centre d’accueil pour nos étudiants sur Cayenne avec un encadrement des familles afin de les soutenir dans leurs études, avec un encadrement adapté.

 

Santé

 

1.     Il faut garantir l’accès, sans discrimination, à une éducation à la santé, à des services médicaux, à une alimentation et à des logements adaptés aux besoins, implantés au cœur des communautés autochtones et respectant leur culture. Les mesures de protection de la santé des populations autochtones doivent être conçues comme une question collective qui intéresse tous les membres de la collectivité et en intègre les dimensions physiques, sociales, mentales, environnementales et spirituelles.

 

2.     Les activités de recherche médicale effectuées dans les communautés autochtones ou affectant celles-ci doivent également respecter notre consentement libre, préalable et en connaissance de cause, y compris l’application des droits de propriété intellectuelle. Les chercheurs, qu’ils soient du monde universitaire ou du secteur privé, doivent appliquer le principe de transparence concernant les éventuels avantages financiers qui pourraient découler de la recherche ou de la connaissance des pratiques autochtones.

 

3.     Les droits fondamentaux de l’homme et les besoins essentiels des enfants, des jeunes et des femmes en matière de santé doivent être reconnus et promus par la formation de commissions ou de points de contact au sein de chaque organisme, organisation ou institution, y compris la participation pleine et effective des femmes et des jeunes autochtones à la planification, l’application, le suivi et l’évaluation des initiatives.

 

4.     Concernant les politiques sanitaires, nous demandons l’adoption de programmes, de projets et des budgets ciblés en partenariat étroit avec nous , dans les domaines suivants :

 

a) Le VIH/sida, le paludisme et la tuberculose;

b) la violence exercée à l’égard des femmes, des jeunes et des enfants, et l’alcoolisme;

c) La dégradation de l’environnement, qui affecte la santé des populations autochtones, la présence  de produits toxiques, et la pollution des eaux et d’autres ressources naturelles;

 

Droits de l’homme

 

1.     NOUS RECOMMANDONS  de mettre l’accent de façon accrue et systématique sur l’application des normes et des politiques internationales existantes qui se rapportent aux peuples autochtones et tribaux.

 

2.     Les organes chargés de surveiller l’application des instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme, ainsi que les mécanismes thématiques institués par les Nations Unies dans le domaine des droits de l’homme, y compris le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme et des libertés fondamentales des populations autochtones, sont invités à s’intéresser spécialement à la situation des peuples autochtones de Guyane.

 

3.     Nous prions   instamment  de réviser la législation nationale, avec la participation pleine et entière d’experts autochtones, en vue d’éliminer toute disposition qui pourrait être discriminatoire.

 

4.     Intégrer les systèmes de justice coutumiers (suis generis) dans la législation, en conformité avec le droit international relatif aux droits de l’homme et les normes internationales de justice.

 

5.     Evaluer les activités des organismes mis en place à l’échelle nationale pour veiller au respect des droits de l’homme et autres droits des peuples autochtones, tels que les ministères, les conseils consultatifs  et les commissions des droits de l’homme, afin de déterminer les points positifs et les lacunes dans la promotion et la protection des droits des peuples autochtones, et de réformer ces organismes en conséquence.

 

6.     Nous demandons  au gouvernement d’appuyer et d’élargir le mandat des organismes nationaux chargés de promouvoir l’égalité des droits et de prévenir la discrimination afin qu’il englobe la promotion des droits des peuples autochtones.

7.     Les autorités nationales pourraient ouvrir des centres chargés d’informer et de conseiller les peuples autochtones sur la législation nationale et internationale relative aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales, de mener des activités visant à protéger ces droits et libertés, et de favoriser le renforcement des capacités et la participation de nos peuples.

     

Environnement

 

1.     les aspects liés aux peuples autochtones du programme de travail de la Convention sur la diversité biologique et du Protocole de Carthagène sur la prévention des risques biotechnologiques, en particulier le partage juste et équitable des avantages découlant de l’utilisation des ressources génétiques, fassent partie du programme d’action, et en particulier que le développement durable et la protection des savoirs traditionnels demeurent des priorités pressantes en ce qui nous concernent.

 

2.     Les changements climatiques et d’autres facteurs de stress, notamment les polluants et l’exploitation écologiquement non durable des ressources naturelles, représentent une série de menaces graves  pour la santé, la culture et le bien-être de nos peuples ; ils menacent également les espèces et les écosystèmes dont dépendent les communautés et les cultures autochtones. Par conséquent, il est indispensable de :

 

3.     Collaborer étroitement avec nous   a des fins d’adaptation  aux effets des changements climatiques et d’autres facteurs de stress sur l’environnement, l’économie et la société et à les gérer;

 

4.     Mettre en œuvre, des stratégies durables et évolutives pour la gestion des écosystèmes, en tirant parti de nos  connaissances et en faisant pleinement participer ces dernièrs, et revoir les mesures et programmes de protection de la nature et d’exploitation des terres et des ressources;

 

5.     les programmes et les projets qui doivent être entrepris sur les territoires traditionnellement autochtones ou avoir un impact sur la situation des peuples autochtones prévoient et respectent une participation pleine et effective de ces derniers.

 

6.     Nous demandons  instamment  de ne pas persécuter ou harceler les autochtones qui mènent des activités en faveur de la protection de l’environnement qui valorisent leur patrimoine culturel et naturel. Pour nous la défense de l’environnement est un devoir sacré, l’environnement est pour nous une question d’identité, c’est un droit …

 

Développement social et économique    

1.     Nous demandons un programme d’appui spécial aux initiatives des populations autochtones visant à améliorer la viabilité de leurs pratiques et à les aider lorsqu’elles cherchent des solutions pour des perspectives à long terme concernant l’activité économique et le bien-être de la collectivité.

2.     Il est temps de reconnaitre  comme activités légitimes la chasse, la cueillette et la pratique des cultures itinérantes respectant l’environnement, (comme cela est le cas pour l’agriculture et d’autres types d’utilisation du sol. )

 

3.     Dans le cadre des programmes et projets de renforcement des capacités des peuples autochtones, une attention particulière devrait être accordée à la formation de dirigeantes parmi les femmes autochtones.

 

4.     Les collectivités devraient promouvoir une étroite collaboration sur le terrain avec les organisations locales des populations autochtones afin d’identifier des programmes, projets et autres activités et de leur attribuer un rang de priorité

 

5.     Les administrations d’état et de collectivités doivent déployer des efforts pour recruter des autochtones en tant que fonctionnaires et experts dans différents domaines.

 

6.     Il est recommandé d’envisager l’établissement des fonds  pour les populations autochtones, doté de ressources suffisantes pour financer des projets et des programmes, en collaboration avec les populations autochtones, dans les domaines du développement, de l’environnement, de l’éducation, de la culture, de la santé et des droits de l’homme.

 

7.     Le comité de pilotage (élus, peuples autochtones, administrations, secteurs privé et civiles) devrait devenir une instance de suivi du programme d’action que nous proposons.

 

Nous remercions les sœurs et frères qui sont venus, qui se sont mobilisées et nous attendons les réponses des responsables politiques et administratives à notre proposition afin que nous puissions avancer et faire un pas  de plus dans la construction de notre pays.

 

Nous remercions les équipes et les organisations qui se sont mobilisées, aujourd’hui nous sommes dans une prière commune mais aussi dans une célébration commune

 

 

Vive les peuples autochtones de Guyane

Vive la Guyane

 

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